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PHOTO DE NIMENO II PROVENANT DE www.portaltaurino.com

Dans le callejon, les visages sont tendus, l'inquiétude grandit, on attend les nouvelles, mais personne ne semble rien savoir de plus, où personne ne le veut vraiment. En un éclair, l'aprés midi a tourné au cauchemar. Dans les gradins, l'on peut percevoir le murmure angoissant qui ne cesse de croitre! Tout avait pourtant trés bien commencé, ce dimanche 10 septembre 1989 à Arles. Dans le patio de caballos, CHRISTIAN MONTCOUQUIOL NIMENO II est là, tendu au fond de lui bien entendu, mais là et content de l'être. Il était comme ça CHRISTIAN, il allait se jouer la vie, avec le sourire et l'alégresse de celui qui sait qu'il fait le plus beau métier du monde! La Féria d'ARLES a trés bien commencé. Hier les EL SIERRO, ont donné un jeu magnifique. Mais pour CHRISTIAN aussi, tout a bien démarré. L'année 1989 fut le saumum d'une escalade difficile vers le sommet. Cette année, NIMENO II a toréé 33 corridas et dans un bon nombre de grandes férias, elles furent triomphales. Pourtant NIMENO II sait! Il sait que cet aprés midi, cela ne va pas être une partie de plaisir, il se souvient le chemin parcouru depuis ce 19 juin 1969 où avec son frère Alain dit EL NIMENO, SIMON CASAS, et CHINITO,il se mesurait aux âpres becceros de Jean-Marie POURQUIER. Il sait que son parcours a été semé d'embuches, mais il a vaincu. Puis il y a eu sa carrière de novillero et la novillada de NIMES en 1975. Ce jour là, il a tenu la dragée haute à ESPLA (le novillero vedette de l'époque). Ah ESPLA! Il est fou ce type, marginal mais c'est un savant, NIMENO II la vue à BEZIERS il y a un mois, dominer un sobrero de ANTONIA JULIA DE MARCA, imbuvable! Cette aprés-midi là, CHRISTIAN n'a pas démérité, il a coupé une oreille à chacun de ses GUARDIOLAS. Les toros étaient bons, surtout le second, SOPLISTA. Quel bon toro celui là, CHRISTIAN l'a applaudi ! Il était invincible et c'est comme çà depuis le début de la saison. Depuis les six toros. Une féria de Nîmes sous le vent, un mano à mano avec VICTOR MENDES et c'est l'ascenceur direction la gloire. VICTOR ne se méfie pas,son premier GUARDIOLA l'attrappe et le blesse au tercio des banderilles. NIMENO le torée et se fait attrapper à son tour! Le toro le charge au sol, il veut le tuer, mais CHRISTIAN se relève, sans blessure, cette année 1989 il est immortel! Il tue le toro fou et les quatres qui restent, c'est un triomphe monumental et cela ne cessera pas jusqu'à cette chaude aprés midi de septembre!Toutes les tardes n'ont pas été aussi façiles. D'abord la blessure de BARCELONA, en 1977, où il a bien cru perdre sa virilité, aprés un sévère coup de corne dans la verge. Puis la cornada de MADRID pour sa confirmation d'alternative, il est resté en piste pour tuer son toro, alors que sa cuisse saignait abondamment.

CI DESSOUS PHOTO DE NIMENO II A NIMES LE JOUR DES SIX TOROS.provenant du site :arenes.nimes.fr/tauromachie.tauromachie.php

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Ce 10 septembre dans le patio , NIMENO II pense à tout ça , il sait qu'on l'attend et qu'on l'aime. Aussi, il ne va pas falloir décevoir! Devant les MIURAS, on se bat ou on ne vient pas! Dans son costume bleu ciel et or et dans sa cape de paseo tenue dans sa main endolorie par une blessure reçu la veille, le chef de lidia Christian NIMENO sait ce qu'il a à faire: "se donner" et il le fera ! Ses compagnons de cartel, VICTOR MENDES et EL BONI savent aussi que la tarde n'est pas sans danger. De plus les cuadrillas ont vu les toros le matin pour le sorteo, on est loin d'avoir affaire à des locomotives, l'aprés midi sera tendue, mais pour le moment la péna CHICUELO II joue pour amuser le public qui attend l'heure du paseo!

Aux alentours de 16h30, la présidence brandit le mouchoir blanc qui annonce le PASEO. La musique retentit et apparaîssent les trois matadors. MENDES est vétu de grenadine et or et EL BONI de crême et or souligné de noir. Les visages sont tendus même si l'on essaye d'esquisser quelques sourires. Les trois maestros viennent saluer la présidence et c'est Christian NIMENO qui va devoir ouvrir la course.

A la surprise générale, les trois premiers toros de la course s'avèrent communs pour des MIURAS, le premier de NIMENO a même une charge commode et CHRISTIAN lui donne une série de passes de capes engagées. Cependant, le toro lui accroche l'etoffe et lui renvoit au visage, ce qui fait perdre sa montera au maestro français. Le tercio des piques ressemble bien à un tercio MIURA. NIMENO dont on s'attendait à ce qu'il partage son tercio avec MENDES, ne prend pas les banderilles. Est-ce parce qu'il ne sent pas le toro ou à cause de cette blessure à la main ? On ne sait pas! Sa faena alegra et bien ficelée porte sur le public qui l'ovationnera aprés la mort du toro.

Vient ensuite le toro de VICTOR MENDES qui, il faut bien le dire, est en pleine forme cet aprés midi. L'enfant chéri de public français ne décevra pas les spectacteurs, il a l'alégria et le dominio qu'on lui connait.Il signera une jolie faena aprés avoir excécuté un tercio de banderilles de tout premier plan.

Le troisième toro sort pour EL BONI. Ce charmant jeune homme blond qui était passé inaperçu en tant que novillero, séduit l'aficion, depuis peu dans les corridas dures. Il n'a pas convaincu à BEZIERS pour les GUARDIOLAS,mais là, il faut dire qu'il a envi et que son style n'est pas déplaisant. Il est vrai que son toro est vraiment coopératif pour un MIURA, et BONI lui donne une estocade magistrale.

Les toros font oublier que nous sommes dans une MIURADA. De plus, les critiques sont intrigués de voir les toro porter la marque du fer sur la cuisse droite. D'ordinaire, ils la portent plus au centre et en hauteur. Toujours le mystère MIURA!

Enfin, vient PANOLERO un toro gris portant le numéro 26 et pesant 540 kgs. Ses cornes sont impressionantes, "on dirait un taxi avec les portières ouvertes" commente ALAIN MONTCOUQIOL, le frère de NIMENO. Ce toro mesure 1m05 d'une corne à l'autre. CHRISTIAN remarque que PANOLERO ne charge pas avec une franchise satisfaisante, la tète est souvent haute lorsqu'il entre dans la cape.Christian, de ce fait, l'acceuille à la cape par des véroniques en reculant, comme on le fait lorsque l'on veut forcer un toro rétif à baisser la tète. Cet élément apporte une contradiction avec ceux, qui ont dit que le toro ne semblait pas être avisé au moment de l'accident.  Aprés un tercio des piques quelque peu dynamique, NIMENO conscent à banderiller  PANOLERO et le fait trés bien. Vient le troisième tercio, NIMENO brinde le toro au public, puis recoit PANOLERO prés des planches assis sur l'estribo. Le toro passe et NIMENO baisse bien la main pour le mettre en confiance, il se redresse à la troisième passe et c'est l'accident!

Photo de panolero, provenant d'un blog privé sur la tauromachie, blog affiché sur les pages googles NIMENO 3.panolero

Beaucoup de choses ont été dites sur cette accident. Aprés lecture des faits et aprés avoir visionné les images je vous ferai donc part de ce que j'en ai vue :

A la troisième passe, NIMENO qui vient de faire une trinchera par le haut sur la corne droite de PANOLERO, essaye de le recevoir par une derechazo tout en marchant vers le centre de la piste. Arrivé à la hauteur de NIMENO, PANOLERO s'arrête dans la passe, regarde en sa direction et accroche NIMENO au bas ventre. La violence du coup est telle, que NIMENO bascule sur la corne et tombe tète première sans même avoir laché la muleta. PANOLERO se retourne sèchement sur NIMENO, plié en deux au sol, et le cherche du museau. Les peones écartent PANOLERO. CHRISTIAN est sur le flanc, il ne bouge plus. Les banderilleros et employés des arènes viennent au secours de CHRISTIAN. Les journaux montreront la terrible photo de CHRISTIAN, le regard vague et inanimé, emporté à l'infirmerie. Personne ne se doute que CHRISTIAN est un paralityque à ce moment précis, car sans doute les porteurs auraient pris soin de le soulever avec délicatesse. Mais dans la panique on tire NIMENO par les épaules, on le soulève et on l'emporte. CHRISTIAN n'est déja qu'un pantin désarticulé. PANOLERO ne lui a laissé aucune chance et les images de l'accident montrent qu'avant d'entrer dans la muleta, il a jetté un regard en direction du matador, il était MIURA jusqu'au bout des cornes, et quelles cornes!

Alain MONTCOUQUIOL qui a vu la scène, suit son frère à l'infirmerie, pendant ce temps, MENDES ,qui ne cessera d'interroger le callejon du regard, toute l'aprés midi, tue PANOLERO! Pas question de briller sur le compte de CHRISTIAN. Mais finalement, où la corne est-elle rentrée?

Nulle part, les porteurs posent NIMENO sur la table d'opération. Son visage est bleu, il est entrain de s'étouffer. Les péones et ALAIN cherchent du regard le coup de cornes, pendant que les medecins déchirent le costume de CHRISTIAN à coup de scalpel. Les médecins ne cherchent pas la perforation, ils ont compris que CHRISTIAN avait probablement les vertebres brisées et luttent contre le temps! Car si l'on ne l'intube pas au plus vite, NIMENO va mourrir. Il ne peut plus bouger aucun membres et ne peut plus respirer. Une fois intubé, un hélycoptère vient le chercher pour le mener à l'hôpital LA TIMONE à MARSEILLE.

Pendant ce temps, les murmures interrogateurs, deviennent de plus en plus angoissants dans les arènes d'ARLES. MENDES a été trés bon avec son second qui chargeait mal, mais il pense à NIMENO, et il voit l'inquietude des mieux renseignés dans la contrepiste. Ensuite EL BONI ne pourra rien faire du dernier.

La corrida terminée, les spectateurs apprendront la terrible nouvelle: "LE MATADOR NIMENO II A ETE TRANSPORTE A L'HOPITAL LA TIMONE SON ETAT EST GRAVE IL EST PARALYSE DES QUATRE MEMBRES ET DEMEURE SOUS ASSISTANCE RESPIRATOIRE".

Le soir , le professeur qui s'occupe de lui à la TIMONE, argumentera  son diagnostic en expliquant que NIMENO II est dans un état grave et préoccupant et que l'on ne peut pas dire s'il passera la nuit.

Christian sera opéré quelques jours plus tard, il sera hors de danger. Mais paralysé et peut être à vie.

EPILOGUE :

Dans les mois qui suivent, en rééducation, NIMENO fera des progrés considérables. Il retrouvera l'usage des ses jambes et du bras droit. Mais deux ans passent et le bras gauche n'est toujours pas revenu. Dans sa maison de CAVEIRAC, NIMENO déprime. Il annonce en mai 1991 qu'il tire un trait sur sa carrière, il dit penser à apodérer des jeunes toreros. Mais le coeur n'y est pas! En octobre il a reçu le prix CLAUDE POPELIN. Le 25 novembre un jour gris, surtout pas un jour de toros,on le retrouve pendu dans son garage. CHRISTIAN est partie, il a préféré mourrir, plutot que d'attendre. L'aficion est sous le choc! On ne veut pas y croire. 13 mois auparavant JULIO ROBLES connaissait la même blessure à BEZIERS. NIMENO a rencontré ROBLES, mais CHRISTIAN ne peut pas se faire à cette vie sans toros, il est partie rejoindre ses maîtres. PAQUIRRI qui lui a porté secours à ARLES en 1977, alors qu'un toro l'accrochait. Il rejoint PAQUIRRI dont il a dit "il ne serait pas mort si il avait été blessé à NIMES ou MADRID...." Et pourtant NIMENO a été blessé à ARLES et il en est mort! AH DESTINO!Le journaliste  JEAN LOUIS LOPEZ dira :"Il est mort deux fois!". Comme BELMONTE il a choisi sa mort pour ne pas rater sa vie de matador. A ses obsèques, étaient présents les plus grands, RUIZ MIGUEL,OJEDA, ESPLA, les amis de toujours CHINITO,DOMINIQUE VACHE, JEAN MARIE BOURRET etc. Sur son cerceuil un cape de paseo noir et or, ADIOS MAESTRO!

ci dessous photo de la statue de NIMENO II sur la place devant les arêne de NIMES.

                                                

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