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ROBLES et son visage longuiligne, il ressemble à un lord anglais. Photo provenant du site : www.toro2000.com

Ce jour là, le ciel est gris comme le plomb, les mouches viennent se coller à la peau suante des spectateurs. Alors que Carmen raisonne dans les arênes, il entre dans un costume bleu azur et or,le visage crispé et l'allure fière. Dans quelques secondes, les aguaziles qui saluent la présidence, vont venir chercher le paseo, et il va défiler en tète de cortège! JULIO ROBLES,qui d'ordinaire, défile en gris  dans une arêne ensoleillée et sous un ciel d'azur, change les rôles. Il défile en bleu azur sous un soleil de plomb. Il a confiance, cette année le public l'aime bien. Ce modeste torero d'AVILA a connu des mauvaises années, et pourtant il n'a pas rompu, il est né toréro et mourra toréro. JULIO ROBLES c'est le toréro du terroir, le paysan modeste qui a dans son coeur toute une richesse cachée. Ses lingots à lui, se nomment "patiente" et "travail", ses diamants s'appelent "courage" et "volonté". Telle fut la carrière de ROBLES, sinueuse comme la terre où il est né!

JULIO ROBLES est né le 4 décembre 1951 à FONTIVEROS province D'AVILA. Provenant d'une famille rurale, JULIO se passionne trés tôt pour la tauromachie, admiratif ,qu'il est, du diestro local et national " EL VITI".

ROBLES débute comme bécerrista, le 28 aoùt 1968  ,  prés de chez lui à VILLAVIEJA DE YELTES (SALAMANCA) . Il débute avec picadors, le 10 mai 1970 à LERIDA, aux cotés de PACO NUNEZ et AVELINO DE LA FUENTE, devant du bétail de PEREZ TABERNERO. Il se présente à LAS VENTAS, le 10 juin 1972 aux cotés de celui qui sera son rival et qui comme lui vient de la province de SALAMANCA, PEDRO GUTIERREZ NINO DE LA CAPEA. Mais ce jour là ROBLES coupe une oreille à son premier JUAN PEDRO DOMECQ et donne deix vueltas al ruedo. Entre le salamantin CAPEA, et le jeune ROBLES , la compétencia s'annonce dure. Si le public reconnait le bagage de ROBLES, il est néanmoins envouté par le prodigieux  talent de CAPEA, qui apparait comme un surdoué de la tauromachie. ROBLES n'en est pas moins inquiétant pour NINO, car sa tournée en FRANCE s'avère prometteuse.

JULIO prend l'alternative le 9 juillet 1972 à BARCELONA. Son parrain est le grand DIEGO PUERTA et son témoin PACO CAMINO. Le toro de la cérémonie se nomme "CLARINERO" et porte le fer JUAN MARIA PEREZ TABERNERO. La confirmation d'alternative à MADRID a lieu en 1973. Le parrain est ANTONIO BIENVENIDA et  le témoin, PALOMO LINARES. Le toro du jour se nomme " PERNOTA" et appartient à la ganaderia GALACHE DE COBALEDA. Cette même année , JULIO ROBLES torée 49 corridas.

A partir de là, la carrière de ROBLES sera sinueuse, faite à la fois de coups d'éclats, de graves blessures et d'échecs . Le style ROBLES n'emporte pas les foules, pourtant aucun professionel ne songe à lui contester sa maestria. ROBLES est un savant, il connait les terrains, les distances, c'est un scientifique de l'arène. Son style rappele celui du grand EL VITI, sa silhouette aussi, grande, mince, le nez longuiligne, le visage crispé et sérieux. Comme EL VITI , Julio inspire le respect, la science toréria. Comme EL VITI, ROBLES peut manquer de légéreté, d'émotion. Tous les deux sont des castillans pur jus, comme les gens du coin, ils sont discrets et effacés. Comme les paysans de leur région, ils ont le calme et la patiente de ceux qui savent que le travail peut parfois tarder à payer, mais lorsqu'il paye, il paye comptant!  Alors ROBLES traverse les années, etse bat, tranquilement. On se souvient du trio, VITI, CAPEA et ROBLES chez eux à SALAMANCA, face à l'élevage local  ATANASIO FERNANDEZ. ROBLES a démontré de quoi il été capable. Puis plus tard , toujours à SALAMANCA, le mano à mano avec CAPEA. Là aussi il a décoiffé le prestigieux toréo de SALAMANCA avec qui tout l'oppose.JULIO ROBLES ressemble à un lord anglais viellissant, CAPEA, ressemble à un chérubin surdoué. CAPEA est une figura riche et populaire, ROBLES est un second couteau modeste. Pourtant ce jour là, face à un autre élevage local, "SEPULVEDA", Julio a le sitio, il charge la suerte, puis doucement il enchaine des passes toutes plus justes les unes que les autres. Ce jour là, le public adule son enfant chéri, ROBLES est un prince. Mais dans sa carrière, les blessures seront aussi sévères. Le 22 mai 1980, un toro de JOSE LUIS MARCA le blesse grièvement à MADRID. Puis viennent les années 1980, en dents de scie et un triomphe mémorable le 19 juin 1983 et un autre le 24 à SANTANDER où il sort à hombros aux cotés de CURRO ROMERO et MANZANAREZ, aprés avoir coupé quatres oreilles et une queue. Pourtant s'en suivront dix années d'incertitude, mais ROBLES poursuit sans se décourager, fier, heureux et sérieux dans les ruedos.

1989-1990.

L'année 1989, est une année bénéfique pour ROBLES, il commence à être vu dans toutes les grandes férias et obtient des succés d'estime. En 1990, les choses sont plus éclatantes encore, les aficionados, se souviennent d'une grande faena à NIMES façe aux JANDILLA. Puis de MONT DE MARSAN où il signa une grande faena face à un bicho d' ANTONIA JULIA DE MARCA. Mais le retour de ROBLES au devant la scène, fut une sorte de mort du cygne, qui donne son plus beau chant au moment d'expirer.

En effet, certains signes du destin vinrent assombrir, le ciel éclaircit de cette temporada 1990. Au mois de juillet à PAMPLONA, Julio vétu de gris plomb et or, défile au paseo aux cotés du célébrissime ESPARTACO, blanc et or et du jeune RAFI CAMINO en grenat et or. L'élevage choisi est la familière ganaderia ATANASIO FERNANDEZ. Comme chaque année à PAMPLONA, le public est déchainé. Mais un triomphe à PAMPLONA serait une sorte de point d'orgue pour la bonne temporada de ROBLES. Le maestro ne peut rien faire façe au premier toro de la journée, il est déçu, mais se motive, ESPARTACO coupe deux oreilles  à son premier et pourtant le destin avertit une fois. EL ECIJANO, le péon d'ESPARTACO, chute devant le toro de son maestro, il se lève sans mal, et ROBLES était là pour le quite bien sur. Enfin oublions cela. Viens le troisième toro pour le jeune CAMINO. Le jeune fiston de PACO CAMINO a besoin d'un succés pour réveiller sa carrière endormie depuis 1988. Son toro, un castagno ojo de perdrix, est un vrai ATANASIO, il refuse les capes et se bloque prés des barrières.  RAFI inciste, se bat, monte presque sur le toro pour le faire passer et ça paye! Comme beaucoup d'ATANASIO, son toro finit par aller à "mas" et entrer dans la muleta, le public rugit de "olés". Rafi conclu par une bonne estocade qui lui octroie deux oreilles. Pari réussi pour CAMINO et  ROBLES apprécit en connaisseur. Enfin le quatrième toro de la journée est en piste, il est pour Julio qui vient de se regonfler. Les aficionados français, présents ce jour là, ne peuvent pas s'empécher de comparer l'armure de l'ATANASIO de ROBLES, au PANOLERO de NIMENO,serait-ce un autre signe du destin ? ROBLES ne va pas finir comme NIMENO? Non pensez vous, il se méfiera. Il est vrai que les cornes sont impressionantes. ROBLES appréhende délicatement le cornipède, qui ne charge pas trop mal  dans sa cape. Le maestro, comme souvent,  n'esquisse pas un sourire, mais plutôt des tics qui laissent apparaitre sa concentrention. Le beau cornu ne rentre dans la pique qu'en poussant d'une seule corne. ATANASIO aurait il une lignée MIURA? Bien sur que non, mais il y aurait de quoi se poser des questions. Enfin vient la faena, ROBLES est un peu chahuté par le public, car il tarde à se croiser. Mais il se prépare, il construit sa faena, en douceur et puis d'un coup, jambe en avant, il cite son ATANASIO de loin et c'est partit pour une série de déréchazos spectaculaires. Le bruyant public qui n'en croit pas ses yeux, se terre dans un silence religieux et les quelques sons qu'il exulte sont des oles pour ROBLES.La musique joue,JULIO tient le toro, et son visage est moins cripsé. Viennent ensuite une série de naturelles à couper le souffle, si le toro pèse légérement, c'est l'accrochage. ROBLES est grand, ROBLES est bon, ROBLES a vaincu. Il faut maintenant estoquer. Julio a pris l'épée de mort, où va-t-il passer avec de telles cornes? Il place le toro, s'ajuste et bondit sur l'ATANASIO qui au passage l'accroche au genou. La pirouette de ROBLES est impressionante, mais il se relève. Il lui manque une chaussure, et il boite, mais il est entier. Tout le monde a sauté en piste, le destin semble être de la partie et il vient noircir le tableau. ROBLES claudiquant reprend lépée, et c'est un pinchazo.Enfin, il fini par tuer l'affreux ATANASIO, qui repart avec ses deux oreilles. PUNA DE PITON. On voit Julio,le visage crispé par la tristesse et par la douleur au genou qui ne cesse de s'amplifier . A la suite de cette corrida, ROBLES, qui gardera la douleur à son genou quelques jours, devra renoncer à ses prochains contrats. ci-dessous une photo de JULIO, lors de sa terrible journée de PAMPLONA, donnant un doblone. On voit toute la gestuelle du maestro, soucieux de faire baisser la tète à son toro. PHOTO PROVENANT DU SITE : www.resena.es

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BEZIERS et la tragédie des ONZE MOIS.

Ce lundi 13 aoùt 1990, quand il sort de la chapelle vétu de son costume bleu azur et or, ROBLES qui se prépare à mettre sa cape de paseo, vient de connaitre quelques autres triomphes au mois de juillet et début aoùt. Il est là avec se costume bleu qui lui rappele tant son pays castillan, un peu comme tous les costumes qu'il met. (gris plomb comme la roche,  bordeaux comme le vin.) Ce jour là, ROBLES l'ancètre, partage l'affiche avec deux jouvenceaux de la corrida. JOSELITO  et FERNANDO LOZANO . Entre l'austérité madrilène du premier et le style bouillonant et athlétique du second , ROBLES est à sa place. Enfin l'élevage annoncé vient de l'extrémadura. Il s'agit de la ganaderia CAYETANO MUNOZ. Située dans les environs de  BADAJOZ, les couleurs de l'élevage sont bleu et verte. L'origine est CARLOS NUNEZ et TORRESTRELLA, le sang est donc bien andalou. C'est l'heure du paseo, "CARMEN" joue et ROBLES défile à droite (vu de la présidence), comme il se doit puisqu'il est le chef de lidia. Aprés avoir salué le président, il déploie sa cape et au rythme du paseo, il fait quelques passes pour la défroisser. Enfin un employé d'arêne, vient au centre de la piste bitteroise, pancarte en main, où sont inscrits, la ganaderia, le poid, l'age, les couleurs, la devise, le numéro du toro et le nom de ROBLES. Le premier toro va donc sortir, ROBLES qui avec sa cuadrilla a rejoint le burladero, attend le visage tendu, par un tic, si familier chez lui, qui le dévisage.

En effet notre maestro sans doute nerveusement, a souvent le tic, de plaquer la bouche en forme de "T",un peu comme un certain JACQUES CHIRAC, tout en gonflant d'air ses gencives, ce qui lui donne une mimique déformante.

Les clarines sonnent et voiçi TIMADOR, il porte le numéro 123 et pèse 545 kgs. Il est négro y blanco, bragado et il a des cornes relativement courtes. Le torero qui l'a évalué d'un regard, présente sa cape, et lui donne une première véronique dont il a le secret, sur la corne gauche, puis une deuxième, et il semble que TIMADOR, ne baisse la tète qu'à moitié, enfin une troisième véronique à nouveau sur la corne gauche. Le toro entre et semble baisser la tète convenablement, pourtant à mi-parcours, il se redresse et pèse en pleine charge sur ROBLES, le choc est violent, JULIO montre trés haut et bascule sur les cornes de TIMADOR. Le maestro d'AVILA retombe sur la tète. Une fois au sol, TIMADOR le charge et le pousse contre les barrières. On écarte le toro et JOSELITO, aidé de péones et employés d'arênes, relève ROBLES, sonné, qui balbutie quelques mots, et qui semble ne plus pouvoir bouger. Tout le monde comprend qu'on est entrain d'assister à la même tragédie qu' à ARLES, onze mois plus tôt, où le matador français NIMENO II , est retombé sur la tète pendant une voltereta, et ne s'est jamais relevé. Tout l'aprés-midi, les deux maestros qui restent, vont essayer d'animer le public, mais personne n'a envie, tout le monde aurait préféré être chez lui ce jour là. Puis on apprend que comme NIMENO, ROBLES est transféré à la TIMONE à MARSEILLE. Ses fonctions vitales n'ont pas été atteintes, mais il est paralysé des quatres membres. Comme YIYO est mort onze mois aprés PAQUIRRI, ROBLES est tombé ONZE MOIS aprés NIMENO. ROBLES avait réçu la confirmation d'alternative d'ANTONIO BIENVENIDA, lui même tué aprés s'être fait renversé par une vache. Dans la chute, il s'était brisé les cervicales.CI-DESSOUS la terrible voltereta de ROBLES, juste devant la banderole de la pena "NIMENO II", le destin en tauromachie est le maitre du jeu. PHOTO PROVENANT du site: ebay.fr.

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LA FIN D'UN GRAND HOMME.

ROBLES, sur un fauteuil roulant, recevra la visite de nombreux toreros, CAPEA, CANO et même NIMENO qui était dans le même état que lui. Pourtant contrairement à NIMENO, ROBLES prend les choses avec philosophie. "Je suis né torero et je mourrais torero!", dit il à un journaliste, sur son fauteuil roulant. ROBLES continue à suivre les temporadas, il va assister à des corridas, où les maestros lui brindent leur toros. Il est toujours souriant, il pense créer une ganadaria. Lors d'un repas où PONCE et CANO étaient présents, on le descend sur son fauteuil roulant, dans la placita, où muleta en main, attachée au poignet par une cravate, il  donne quelques passes à une vache.

Et puis une tumeur s'installe dans son colon . Le 16 janvier 2001, alors qu'il doit être opéré pour cette tumeur, ROBLES s'endort sur la table d'opération et ne se réveillera plus .Dans son cerceuil, on lui a mit son costume blanc et or soutaché noir qu'il aimait tant. Il est parti rejoindre NIMENO et BIENVENIDA où là bas, n'en doutez pas, il torée des toros tous les jours, et leur donne ses meilleures naturales.

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Ci dessous la statut de ROBLES. Photo provenant du site : www.esculturaurbana.iespana.es

ci dessous à droite, le musée taurin JULIO ROBLES à SALAMANCA, inauguré le 12 septembre 2002. Photo provenant du site : www.casapacheco.net

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